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A la renverse

Publié le par Carole

A la renverse

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Se laisser renverser, se laisser emporter, se laisser secouer. Se laisser bousculer, se laisser remuer. Ricocher. Jeter en tournant sur soi-même les vilains uniformes de chiffons couleur trouille qu'on avait emportés. Bondir un peu plus haut, et, pivotant toujours, secouer la boue grise de tous les préjugés qui lestaient nos semelles sur les sentiers battus. Se laisser retourner comme un oiseau luttant contre le vent, ne jamais s'arrêter, ne se tresser de nids qu'au fil de l'horizon. Danser comme une perle sur la peau de la nuit. Nager un peu plus loin.
Puis revenir à terre, puisqu'il le faut toujours. Prendre sa part de chute, puisque toujours on tombe. Renfiler son chemin, puisqu'on n'en aura qu'un. Mais le garder encore, le clair regard d'oiseau, alors qu'on rampe en bas. Etre d'ailleurs, pour mieux être d'ici, ne jamais avoir peur de n'être nulle part.
Pour pouvoir avancer - partir à la renverse.

Publié dans Fables

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Les ombres

Publié le par Carole

Les ombres
C'était hier l'été qui n'était pas pour aujourd'hui qui ne sera pas pour demain.
Ils nous fuient, les beaux jours, comme poissons sous l'eau.
 
Feuilles mortes au printemps, la pluie vous fouette avec ses cordes, et le vent vous emporte sous ses arbres d'automne.
Tandis que nous courons après juillet sur les voies du déluge, par le chemin tortueux des orages, dans la boue des promesses défuntes. 
Les ombres
Mais moi, ce qui plus que tout me manque, 
ce n'est ni le soleil acrobate dans son ciel en maillot de lumière,
ni la danse légère des papillons d'un jour sur le somme du lézard,
ni le parfum du soir s'étirant sur le seuil dans la tiédeur des roses.
Non. Ce qui plus que tout me manque, ce sont les ombres.
Les ombres qui font le monde profond, qui remuent l'illusion et dessinent les heures sur nos pas qui s'allongent.
Les ombres, qui sont l'âme au soleil des Schlemihls que nous sommes.
Les ombres, qui ouvrent sur nos yeux leurs persiennes à mystères comme des paupières bleues.
Les ombres.
Les ombres

Publié dans Fables

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Que lui

Publié le par Carole

Que lui
Savourer l'instant
A croquer si gourmand
Si amer écoeurant
Savourer l'instant
Lézardé déchirant
Incliné si charmant
Savourer l'instant
Parfumé entêtant
A crever oppressant
Savourer l'instant
Obstiné révoltant
Exalté fascinant
Savourer l'instant
Qu'il soit l'un qu'il soit l'autre
Qu'il soit riche ou soit pauvre
Qu'il soit grand qu'il soit humble
Qu'il soit clair qu'il soit ombre
Savourer l'instant
Car de toutes ces choses 
Que nous avons crues nôtres
Et de toutes ces luttes
Que nous avons perdues
Et de toutes ces larmes
Qui ont trempé nos âmes
Et de toutes amours
Qui furent notre jour
Il ne reste que l'heure 
Qui tourne sur le seuil
 
Comme font les mendiants
dans le creux de nos mains
Ou la boue des chemins
Recueillir cet instant
Qui ne luit qu'en passant
Sur nos corps vagabonds
Sur nos vies sans toujours
Car nous n'avons
A nous
Que lui.

Publié dans Fables

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Je ne sais pas pourquoi

Publié le par Carole

Je ne sais pas pourquoi
Je ne sais pas pourquoi
ça me rend toujours triste
de les voir s'éloigner
ceux qui semblent s'aimer
marcher vers l'horizon
dans les beaux jours si bleus
ceux qui marchent ensemble
s'en aller vers la mer
peu à peu disparaître
ceux qui ont l'air heureux.
 
Je ne sais pas pourquoi 
j'en ai le coeur serré
quand je les vois au loin
marcher sans rien savoir
ceux qui veulent être heureux
dans tout ce bleu qui tremble
tandis que leurs silhouettes 
se fondent dans la brume
tandis que leurs empreintes
s'effacent sur le sable.

Publié dans Fables

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Louis XVI à l'hélico

Publié le par Carole

Louis XVI à l'hélico
C'était hier, jour de "manif" et d'hélico.
Lui ne daignait pas même le regarder, là-bas, l'étrange insecte suspendu, figé dans le fracas de ses élytres.
C'est qu'il connaît la musique, depuis deux siècles qu'il en a vu passer, des cortèges et des policiers, notre roi des nuages. C'est qu'il ne veut plus s'en faire, sur sa colonne de stylite, pour le grand bruit que font les hommes en cherchant leur chemin.
Peut-être tout de même, si on l'interrogeait, qu'il pourrait nous donner son avis, éclairer nos lanternes pour aujourd'hui et pour demain. Peut-être qu'il saurait nous expliquer, lui, à présent qu'il a de nouveau toute sa tête...
Peut-être... et après ?
Le passé ne nous aide pas à vivre le présent. 
Il nous aide seulement à le comprendre. Ce qui est autre chose. Tout autre chose.

Publié dans Nantes

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Dans le panneau

Publié le par Carole

Dans le panneau
Un panneau en maillot, allongé sur le sable au soleil des vacances, dans ce long juin d'inondations ? Absurde, n'est-ce pas, dérisoire, indécent. Ridicule. Inutile. Et tellement cigale, au pays des fourmis.
Pourtant. Je me souviens d'une comptine d'enfance :
On disait "Un, deux, trois, soleil", tout en fermant les yeux. C'était déjà l'été. Puis lorsqu'on les rouvrait, c'était toujours l'hiver, on courait comme un loup. Mais on avait encore un peu de chaud au coeur et de tendresse aux yeux.
 
Non, ça ne sert à rien de dérouler sur les pavés la plage détrempée comme un tapis volant.
Non, ça ne se peut pas d'interdire au soleil d'interdire le printemps.
Et ça n'a pas de sens d'habiller les désastres d'un bikini d'été.
On ne se bronze pas de mots, et nul dessin jamais n'empêchera les crues de passer par chez nous dans leurs barques qui tanguent.
D'accord.
 
Mais à ceux qui essaient chaque nuit de repeindre en beaux jours nos vies qui coulent à pic,
aux humbles pariétaux, aux Cidrolin d'ici qui ne renoncent pas à orner comme grottes nos villes au ras du ciel,
je tire tout de même ici mon chapeau
sous mon grand parapluie.

Car ces doux inutiles
ces tombés du panneau
cigales insubmersibles
viennent battre pour nous
de leurs ailes légères
le briquet de l'enfance
ravivant d'un sourire
la petite lueur
qui pourrait bien s'éteindre
au fond des coeurs
noyés.
 

Publié dans Fables

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Je m'en vais

Publié le par Carole

Je m'en vais
Hier, c'était lundi. Gris de pluie pluie de gris, un de ces lundis de la vie qui vont comme on les fait aller, moroses et résignés, au fil si las de leurs longues semaines.
Toi sur les murs tu avais simplement laissé ce message : "Je m'en vais"...
 
Roger Dimanche avec ta barbe de guinze bours et ta mélancolie à la Verlaine
Roger Dimanche au vent mauvais t'en allant feuille morte et froissé par le vent
tu disais je m'en vais.
 
Je n'aurai pas de larmes ni de sanglots trop longs. Et d'ailleurs je sais bien que ni les sanglots ni les larmes n'y pourraient rien changer.
Mais je vais le chanter quand même, sans micro sans télé sans amour sans alcool sans éclat sans argent à claquer à brûler, te le chantonner tout de même : 
Si tu t'en vas, nous t'oublierons, Roger, car dans les rues des villes on ne jette les mots qu'à la boue des trottoirs, et tes bouts de papier délavés par la pluie s'écrasent déjà sous nos pas.
Pourtant, ce serait tellement mieux que tu restes.
Que tu n'emportes pas, au loin trop loin de nous, dans ton sac à malice, l'esprit de fantaisie, le grain de poésie qui sème la douceur.
Sans toi, battant seuls la semaine de tous nos pas perdus, gris de pluie pluie de gris, de lundi en lundi, nous nous ferions plus gris.
Comme dit si bien Verlaine
dans sa chanson,
et comme dit Queneau
cet enfant du chiendent,
comme dit le poète
qui est tous les poètes
il nous faut un dimanche sur les murs de la ville. Il nous faut un dimanche dans nos vies du lundi.

Publié dans Nantes

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Panne

Publié le par Carole

Panne
Comme tant d'autres, j'ai laissé au repos ma voiture assoiffée. Sur son trottoir reverdi que les oiseaux regagnent, elle attend en broutant, cheval fourbu pas mécontent de rester dans son pré.
Plus d'essence. La panne... 
Autrefois, quand la mer était calme, et qu'il fallait attendre un navire compagnon, ou que le menuisier du bord avait besoin d'un peu de temps pour réparer les mâts qu'une tempête avait ébranchés, on mettait ainsi le navire, voiles repliées, au repos, en panne.
Alors les marins désoeuvrés s'asseyaient. Ils regardaient passer dans le ciel les grands oiseaux de mer, remplissaient leurs bouteilles de bateaux chimériques, ou sculptaient sur des dents de requins des paysages et des visages qu'on n'avait jamais vus, et que la mer reprendrait, bientôt, quand elle aurait vidé leur sac.
 
La pénurie, la crise, le blocage... on peut en parler de bien des façons, évidemment. Tant de journaux et de télévisions s'y égosillent, en boucle, en scoop, en continu.
Mais nous, au moins, contraints de mettre en panne nos déplacements inutiles, nos courses frénétiques et nos rendez-vous minutés, forcés de nous asseoir, ou bien d'aller à pied, nous retrouvons, un peu, très peu, si peu, le rythme antique de la vie sans moteurs.
Une vie dont nous n'avions plus la moindre idée. 
Lente comme un navire sous le vol des oiseaux.
Pas une vie facile. Juste une vie pas vite.
Une vie qu'on peut tenir entre ses mains, comme un petit morceau de temps, pour la regarder vivre, ou même la sculpter, lentement, ou l'emplir de chimères, avant qu'elle ne s'en reparte à la vague.

Publié dans Divers

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Réveil

Publié le par Carole

Un rayon de soleil était venu réchauffer l'engourdissement glacé de l'hiver, libérant un parfum de roses.
Robert Legris entrouvrit son oeil droit. Bailla. Il faisait encore nuit. Il referma sa paupière. Il ferait bon, si bon se rendormir dans la tiédeur des roses... [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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La Nuit des dieux

Publié le par Carole

Nantes - Musée du château

Nantes - Musée du château

C'était hier la Nuit des Musées.
Au château j'ai revu dans la nuit la vieille pierre fondatrice, celle qui confie depuis deux mille ans notre ville au dieu Vol - pour le salut du port et des navigateurs de Loire.
Deo Vol Pro Salute Vic Por Nav Lig... Ils aimaient les abréviations, nos ancêtres romanisés, autant que nous aimons aujourd'hui les sigles et les messages en 140 signes.
Efficaces, économes, mus par le seul souci de ménager leur temps qui valait de l'argent, sans penser à malice, simples télégraphistes, de "Volcanus", le vieux Vulcain, ils avaient fait le jeune dieu "Vol", prince de cette ville, empereur de ce monde.
 
Il m'a semblé le voir, dans cette nuit de mai, tel qu'il était alors, frémissant d'avenir, cet étrange dieu Vol qui s'en venait de naître, tout armé, tout ailé.
Libre comme un oiseau, descendant l'estuaire au côté des hérons et des mouettes, par-dessus les grands ponts, et renversant les barques des pêcheurs de civelles pour trouver l'au-delà - et ramasser de l'or.
Tordant le fer avec ses doigts de feu pour en faire des canons, des charrues, des bateaux, des statues, et de forts caractères à imprimer des livres, à conquérir des mondes.
Rusé comme un faucon, faisant marché de tout, même de chair humaine, buvant son chocolat en manches de dentelles, en attendant tranquille que s'en reviennent à lui de sombres cargaisons.
Artiste en diable, ange en figure de proue, clignant son oeil cerclé de mascaron pour séduire les passants, mais désignant du pouce ceux qui mourraient le soir.
Immoral, élégant, cruel et délicat, aussi rêveur qu'avide, travailleur et frivole, terrible et magnifique. Le vrai dieu de la ville, le maître de ce monde qu'on nous civilisait.
 
Le croyez-vous vraiment, qu'elles soient mortes et éteintes, toutes ces divinités païennes qu'on accroche au musée pour ne plus y penser ?

Publié dans Nantes

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