Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 18:07

Sun

christ-cimetiere-sein.jpg

 

Au cimetière de l'île de Sein, la mousse avait doucement rhabillé le corps du Christ pendu dans le grand ciel.

Patiente mousse de l'île au vent, poussée dans la douleur et grandie dans l'espoir, nul ne t'arrache ici. Car tu es la vie, l'humble vie, la forte vie, qui rampe et lutte, rude comme misère, fière comme solitude. La vie plus verte que sirène, plus haute que tempête, sourde aux chants de néant que crache l'océan sur les rochers brisés.

 

 

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Ligneur "Patience", île de Sein

Par Carole - Publié dans : Fables
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Mardi 22 juillet 2014 2 22 /07 /Juil /2014 01:24

point-d-interrogation.jpg

 

Il y a plusieurs mois qu'on le voit, suspendu comme un doute, comme un fantôme transparent, sur la vitrine d'une des boutiques récemment relouées du Passage en travaux.

A qui s'adresse-t-il, ce point qui s'interroge ? Au passant dubitatif ? Au commerçant lui-même, qui ne sait que penser, qui se demande que décider ?

On le sait bien, au fond, qu'il n'y aura là pour finir, comme d'habitude, qu'une boutique de vêtements, un comptoir à bibelots, un commerce à bricoles... On en est sûr, que la lente interrogation devra bientôt faire place au point de platitude.

Mais cette courbe qui prend le temps, ce tracé qui sinue un peu, cette aile à demi dépliée de la pensée qui pourrait s'envoler...

C'est si beau un point d'interrogation. Quand tout est possible encore. Et même d'échapper à la sotte réponse que contient la question.

Par Carole - Publié dans : Nantes
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 01:05

art

 

Souvent, on s'interroge, on ne sait plus, on n'y voit goutte, on se mélange les pinceaux, on n'y comprend plus rien : l'art, qu'est-ce que c'est ? Où est-ce que ça commence ? où est-ce que ça finit ? Où donc est-ce que ça va ? Et qu'est-ce que ça raconte ?

Eh bien, voilà, c'est tout simple. Ça ne commence nulle part, ça ne finit nulle part ailleurs. Ça se perd en convergences et ça se trouve en reflets. Ça va chercher partout la lumière, ça ramasse les ombresÇa remue les images et ça vous parle en face. Car l'art, c'est un miroir.

Meuble jeté sur le chemin où galope Stendhal, glace rafraîchissant le front fiévreux de monsieur Proust, lentille grossissante, embellissante, enlaidissante, image hyperbolique, parabolique ou fugitive, surface bien polie, complexement convexe, obscurément concave, vitre piquée de mouches sur une armoire de ferme, psyché nimbée d'or frais aux galeries des roisqu'importe, du moment que c'est un miroir et que le monde s'y reflète à son aise.

N'exigez qu'une chose : que le verre soit d'un seul tenant, sans soudures, sans coulures, d'une eau pure et profonde, puisée à la source de l'être.


Par Carole - Publié dans : Fables
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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 01:29

 

chaises - vieux couple.psd-copie-1

 

Deux vieilles chaises attachées l’une à l’autre

démodées, oubliées,

silencieuses, un peu raides.

Deux vieilles chaises attendant sur la rive,

si serrées, prisonnières,

mais à deux dans ce monde

solitaire.

 

Tournant résolument le dos au fleuve

qui s’en va tout là-bas

et ne reviendra pas.

Deux vieilles chaises appuyées l’une à l’autre

bancales et fatiguées,

mais à deux sur le bord

du chemin.

Par Carole - Publié dans : Fables
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Samedi 19 juillet 2014 6 19 /07 /Juil /2014 14:20

mur-objets.psd.jpg

 

J'avais déjà vu des murs pavés de morceaux d'assiettes et de coquillages.

Mais je n'avais jamais rencontré un mur comme celui-ci, semé, jonché, fleuri de ces petits objets, de ces bricoles infimes qui tapissent nos jours.

Boîtes de pastilles, jouets, boutons, couvercles de pots de confiture, anse de seau à plage, montre-bracelet, thermomètre à mercure, tournevis et cuillère en plastique… menus débris des vies menues. 

Saisis dans le ciment, comme mouches dans l’ambre. Soudain devenus ce qu’ils avaient toujours été sans que nous le sachions : nécessaires et précieux. De petits riens en pas grand-chose, bâtissant et rebâtissant sans relâche, modestes et laborieux, pour que nous y vivions en humains, les murs vite effrités de notre quotidien.

Par Carole - Publié dans : Fables - Communauté : Liberté photo et picturale
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Mercredi 16 juillet 2014 3 16 /07 /Juil /2014 01:34

jaguar.jpg

 

C'était à Pornichet, devant le port aux yachts. Devant la merveilleuse baie de La Baule, elle attendait dans l'ombre comme un chasseur à l'affût. 

Jaguar. Splendide comme un grand fauve.

Le monde rayonnait dans la splendeur de la mer et du ciel. Elle luisait au crépuscule comme l'argent facile qu'on jette sur les tables, dans les casinos de la côte, prédatrice, insolente.

Jaguar. Brutale et arrogante comme le luxe, face à l'éternelle beauté.

Et on se demandait, dans le combat à venir, laquelle des deux l'emporterait.


Par Carole - Publié dans : Fables - Communauté : Liberté photo et picturale
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Mardi 15 juillet 2014 2 15 /07 /Juil /2014 02:06

a-moi-na.jpg

 

C'était une petite maison du bord de mer. Une mince bicoque délabrée coincée entre deux épaisses villas de moëllons. Au lieu de l'appeler "Pluie de roses", "Doux ressac", "Mouette rieuse", "Manoir des grèves" ou "Sam'suffit", on l'avait nommée "A moi Na"...

Il en avait eu du mal, sans doute, l'heureux propriétaire, à se la bâtir, à se la payer, sa cabane du bord des flots...tellement de peine, Na... qu'il pouvait bien en rire à la fin. Mais aujourd'hui... eh bien... sans doute il était mort, ou alors il était vieux, et incapable de l'entretenir, aussi petite soit-elle. Comme une autre elle était à vendre, la villa "A moi Na..." Pour une bouchée d'algues, une liasse de méduses... au plus offrant - un promoteur peut-être ?

Je me suis souvenue d'une vieille tante qui avait eu du bien mais dont tous les biens tenaient après décès dans une petite valise. Cette petite valise était elle-même évidemment destinée à être jetée par d'autres héritiers, et, en attendant, se couvrait peu à peu de poussière, objet perdu que ne réclamerait plus jamais sa propriétaire.

Qu'est-ce qu'on a donc à soi, vraiment à soi, sur cette terre ? 

Rien du tout, Na ! même pas le coin de boue au cimetière qu'on ne concède qu'en location.

Et c'est sans doute pourquoi nous voulons tous absolument être propriétaires

 

Par Carole - Publié dans : Fables
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Lundi 14 juillet 2014 1 14 /07 /Juil /2014 02:28

 

    Sur l'île aux peupliers, on continuait à tirer. Pauvre tonnerre s'évertuant dans le lointain... c'était un feu d'artifice si modeste.

     Pourquoi était-il parti avant la fin ? 

    Maintenant, il avançait seul dans les rues du village. Les réverbères allongeaient son ombre sur la route. Il lui semblait marcher derrière lui-même.

    Là-bas, cependant, les salves s'intensifiaient, tambourinaient et roulaient dans un crépitement de grêle. Le bouquet, pensa-t-il avec une sorte de regret. Il imagina les frêles roses de lumière s'envolant au-dessus des arbres, retombant lentement en pétales d'étincelles, puis s'éteignant, haillons d'épines grises, dans la nuit refermée [...]

 

 

Suite du récit à lire sur mon blog de nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 


Par Carole - Publié dans : Récits et nouvelles
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Dimanche 13 juillet 2014 7 13 /07 /Juil /2014 02:00

chaise-2.jpg

 

Prendre sa vie par la main.

Tirer l'été par sa chaise.


Dans la cour de l'immeuble

installer son jardin.

Fermer les yeux pour voir.

Oublier le béton

et puis rêver longtemps

qu'on est parti là-bas.


Faire le mur des vacances

sur le bord de la route.

Du soleil dans les mains

et du bleu dans les yeux

se dire qu'on s'en va loin

quand on ne s'en va pas.

 

Et savoir qu'on n'a rien

et penser qu'on a tout

dans ce rond de jardin

que découpe la chaise

sur l'herbe rase et nue

qui s'endort au soleil.


Tirer le diable par l'été.

Prendre sa vie par le ciel.


 

 



 

 

Par Carole - Publié dans : Fables
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Samedi 12 juillet 2014 6 12 /07 /Juil /2014 01:41

roue---gorges.jpg

 

Rien de plus étrange, rien de plus nostalgique que ces sites industriels oubliés qu'on découvre parfois, rouillant dans un grand champ d'orties, au hasard d'une promenade.

On entre par une porte échevelée de lierre, on passe la tête à travers le rideau de ronces d'une fenêtre aux yeux caves. Dans leur suaire de décombres reposent des machines aussi mortes et rompues que squelettes à l'ossuaire. On se demande ce qu'on fabriquait là, avant, dans le vacarme des choses et la sueur des hommes.

Puis dans un coin on aperçoit la roue brisée. Et on se dit qu'au fond, là comme ailleurs, on travaillait surtout à faire aller la roue du temps, celle qui tourne si vite qu'il faut sans cesse la remplacer par une roue plus neuve, qui tournera plus vite, sur elle-même sur elle-même, nous broyant au passage - comme petits cailloux dans la cendre des jours.


Par Carole - Publié dans : Fables
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